Keynote lecture at the International Study Day
“Graphic Production: Art Zines in Context”
At the Zentralinstitut für Kunstgeschichte

Intégrer la culture alternative à l’histoire de l’art: l’exemple des fanzines punk
Eric de Chassey, Directeur général, Institut national d’histoire de l’art (INHA), Paris
Dans la seconde moitié des années 1970, le mouvement punk s’est imposé dans toute l’Europe, avec des sons mais aussi des images, des vêtements et des attitudes. Fondé sur un refus constant de s’inscrire dans le champ artistique, il a pourtant très tôt fait l’objet de véritables collections, rassemblées par des acteurs du mouvement ou par des passionnés. Ceux-ci ont généralement considéré les objets punk comme des documents au service de la dimension musicale ; ce n’est qu’assez récemment que l’on a commencé à parler d’art punk et à considérer ce mouvement, du moins en Europe, comme la dernière incarnation au XXe siècle de ces mouvements d’avant-garde qui, à partir d’une déclaration de principe d’opposition à l’art, ont voulu changer la vie par des œuvres de création et ont donc produit, y compris contre leur gré, de véritables œuvres d’art. Ces œuvres, pour en rester aux arts visuels, ne présentent pas les caractéristiques traditionnelles de ce qui est collectionné comme art : ce sont des créations « pauvres », sur des supports de nature éphémère – et même dans certains cas volontairement autodestructrice, destinées par principe à la reproduction et dont la rareté ne provient souvent que du fait que peu de personnes ont songé à les préserver. Si les approcher par les méthodes de l’histoire de l’art peut sembler fructueux, il importe cependant de ne pas évacuer les contradictions qui en naissent nécessairement.